Chronique | Nous les filles de nulle part – Amy Reed

Nous les filles de nulle part

RésuméGrace vient d’entrer au lycée de Prescott après avoir déménagé. Dans la chambre de sa nouvelle maison, elle découvre des mots griffés sur le mur : Aidez-moi. Tuez-moi, je suis déjà morte. Ces mots, c’est Lucy, qui les a tracés. Lucy, qui a accusé trois garçons de Prescott de l’avoir violée. Lucy, qui a été traitée de menteuse par le reste du lycée. Lucy, que la police n’a pas écoutée. Lucy, qui a fui la ville avec ses parents. Très vite, Grace comprend que cette violence s’exerce à tous les niveaux dans la ville de Prescott : quand les joueurs de l’équipe de foot notent le physique des filles qui passent devant eux ; quand son amie Rosina doit éviter les avances des clients du restaurant où elle travaille ; et surtout sur le blog du moment, « Les vrais mecs de Prescott » dont la ligne éditoriale consiste principalement à considérer les femmes comme des objets. Grace, Erin et Rosina sont décidées à agir, mais elles ne peuvent le faire seules.


Mon avis: Dernièrement, j’ai enchaîné des lectures assez puissantes pour les émotions. Des romans qui vous font passer par tout un tas d’émotions. C’était parfois beau, mais surtout très difficile. Et puis je viens de terminer celui-ci. Une petite pépite.

Qui sont ces « filles de nulle part » ? Et surtout: que revendiquent-elles ? Au départ, elles sont 2, 3, puis une cinquantaine. Toutes s’accrochent à leurs rêves et essayent par tous les moyens de montrer au monde qui les entoure ce qu’elles valent. Et par dessus tout, elles vont tout faire sauver les autres filles. Sauver leur génération face aux prédateurs qui ne cessent de leur gâcher la vie. Qui ne cessent de vouloir montrer ce qu’ils valent, alors qu’ils ne sont, ni plus ni moins, que des violeurs compulsifs.

Et parmi ces filles là, il y a Grace. Nouvellement arrivée à Prescott, elle se retrouve au milieu de nulle part, dans une ville qu’elle ne connaît pas. Chez elle, tout prend place. Jusqu’à ce jour où elle découvre des écritures et des griffures près sa fenêtre. « Aidez-moi ». Il suffit de peu de mots pour que Grace commence à se poser des questions. Qui est l’auteur.e de ces mots ? Pourquoi ces mots ? Et c’est en rencontrant Rosina et Erin qu’elle va comprendre ce qu’il se passe. Viols à répétition dans au lycée, lors de soirées et surtout: un blog créé par une bande de garçons. Un blog répertoriant les viols, les actes déplacés envers des filles, des femmes, des mères. Un blog où les hommes sont des prédateurs impitoyables, pensant tout connaître de la vie et des femmes. Et c’est à ce moment précis que Grace va tout faire pour que ces actes là cessent. Elle va être une des chef de file d’un mouvement féministe qui va bousculer les petites habitudes et tous les secrets de Prescott. Elle va lancer une révolution qui risque de faire des dommages collatéraux. Et c’est en se comportant comme telle que j’ai littéralement adoré Grace. Elle est discrète, mais lorsqu’elle prend la parole, ce n’est jamais pour rien. Elle parle la tête haute et avec beaucoup de bienveillance. Et avec ses deux amies, Rosina et Erin, elle se sent plus forte.

Parce que Rosina fait aussi partie de ces « filles de nulle part ». Cette jeune mexicaine n’a rien à envier aux autres, si ce n’est que de vivre une vie normale. En effet, elle partage la maison familiale avec un bon nombres de personnes de sa famille. Niveau intimité,  on a déjà fait mieux. Et pour couronner le coup, Rosina est lesbienne. Chose qui risque de lui valoir de gros problèmes avec sa famille. Rosina est aussi un peu grande gueule. Elle n’a pas sa langue dans la poche et c’est ce qui fait tout son charme. Le plan des « filles de nulle part » c’est avec Grace qu’elle y a pensé. Et dès le début, elle sait qu’il va falloir s’accrocher pour que tout ne tourne pas au vinaigre. Malheureusement, Rosina va devoir faire face à des hauts et à des bas avec ce nouveau mouvement. Et elle va pleinement prendre conscience de tout ça une fois qu’elle et sa famille seront mis en danger après une lourde menace. Rosina est un personnage que j’ai aussi beaucoup apprécié. Parce qu’on voit que, même si elle a une sexualité différente, elle aussi doit faire face aux agressions de ces prédateurs et aux menaces constantes.

Et puis enfin, dans ce trio de choc, il y a Erin. Cette jeune adolescente vit dans son monde. Rêveuse et très intelligente, elle analyse tout et tout le temps. Erin est autiste. Et ça, elle ne le dit pas. Elle ne veut pas. Mais c’est aussi parce que sa maladie est une force pour elle. Parce qu’en passant par toutes les émotions, elle tente aussi de s’accrocher à un passé qui l’a brisé. Elle est tout le temps très discrète, mais lorsqu’elle ouvre la bouche, c’est toujours pour dire quelque chose de réfléchi et de posé. Erin est aussi une victime. Et, à sa façon, elle va également tenté de se battre pour que les « filles de nulle part » sortent la tête haute et disent haut et fort « moi aussi ». Erin est un personnage qui m’a brisé le coeur, mais qui m’a aussi attendri. Elle est adorable. Et sa manière de parler et d’interagir avec les autres est assez unique.

Nous les filles de nulle part est un roman qui ouvre des portes. Le trio que forme Grace, Rosina et Erin est plus fort que tout. Elles sont les dirigeantes d’un mouvement qui va changer l’avenir. Ce roman m’a fait passer par toutes les émotions. D’abord de l’incompréhension, puis le questionnement, la colère et puis part une certaine forme de joie. Amy Reed nous met face à une histoire bien trop semblable à la vérité. Le mouvement des « filles de nulle part » n’est pas sans rappelé le mouvement « Me Too ». On peut aussi parler de l’affaire Weinstein. Puisque parmi tout ces prédateurs, il y a un chef. Celui qui se croit tout permis. C’est parfois cru. Parfois violent. Mais toujours juste. J’ai littéralement adoré ces filles à la force mentale incroyable. Elles en ont une sacré paire, croyez moi. Et ça fait du bien des personnages aussi réaliste et si peu niant niant. Nous les filles de nulle part est un livre à lire. Un livre sur le féminisme, le dépassement de soi, le jugement et la culture du viol qui prend bien trop place dans notre société.

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