Une vie comme les autres – Hanya Yanagihara

Résumé: Épopée romanesque d’une incroyable intensité, chronique poignante de l’amitié masculine contemporaine, Une vie comme les autres interroge de manière saisissante nos dispositions à l’empathie et l’endurance de chacun à la souffrance, la sienne propre comme celle d’autrui. On y suit sur quelques dizaines d’années quatre amis de fac venus conquérir New York. Willem, l’acteur à la beauté ravageuse et ami indéfectible, JB, l’artiste peintre aussi ambitieux et talentueux qu’il peut être cruel, Malcolm, l’architecte qui attend son heure dans un prestigieux cabinet new-yorkais, et surtout Jude, le plus mystérieux d’entre eux. Au fil des années, il s’affirme comme le soleil noir de leur quatuor, celui autour duquel les relations s’approfondissent et se compliquent, cependant que leurs vies professionnelles et sociales prennent de l’ampleur.


Mon avis: Comment commencer cette chronique sans trop m’éparpiller, sans trop en dire, sans trop me mettre dans un état déplorable ?

Asseyez-vous, prenez quelque chose à grignoter ou à boire parce que cette chronique risque d’être longue. Difficile et un peu fouillis aussi Une vie comme les autres est le livre qui m’a donnée la plus grosse claque de ma vie. Et je pèse mes mots. Il m’aura fallu pas moins de 3 semaines pour le terminer. Pour terminer l’histoire de Jude et de ses amis. Pour dire au revoir à un récit qui m’a fait pleurer à chaudes larmes.

Je voulais vous faire toute une liste des Trigger Warnings présent dans ce livre, mais elle serait BEAUCOUP TROP longue alors je n’ai qu’une seule chose à dire: ATTENTION. Attention parce que ce livre n’est PAS pour tout le monde. Attention parce que c’est violent, dégoûtant et traumatisant. L’histoire de Jude est la plus difficile qu’il m’est été donné de lire jusqu’ici. Ce livre est DUR ! Très dur. Il n’est pas à mettre entre toutes les mains. Ça non… Je ne peux pas faire mieux qu’en vous prévenant. Vraiment. Faites attention à vous en le commençant. Si vous n’êtes pas en état, si vous ne vous sentez pas bien mentalement, ne le lisez PAS s’il vous plaît ♡

Une vie comme les autres commence tout en douceur. On fait la connaissance de JB, Malcolm, Willem et Jude. Ils sont tous les 4 inséparables. Ils sont étudiants et mènent une vie de bohème dans un New-York qui pourrait en faire rêver certain.e.s. JB, c’est l’artiste avec un grand A. Il se moque de tout et de tout le monde. Mais il est talentueux à souhait. Malcolm, lui, c’est le futur architecte qui, s’il y arrive dans la vie, c’est tout simplement parce que Papa et Maman sont derrière. Il y a Willem. Willem c’est la définition même de l’amour, de l’amitié, de la fidélité. Il est un peu volage, mais Willem quand il aime, quand il soutient, c’est pour la vie. Et puis il y a Jude. Jude c’est le discret de la bande. Jude c’est celui qui ne fait pas de bruit, celui qui vient aux soirées sans vraiment savoir pourquoi. Jude c’est celui qui ne parle pas. C’est celui qui est mystérieux. Jude c’est celui qui cache son corps, son âme, son tout. Jude c’est celui qui a vécu, de très loin, la PIRE vie. Parce qu’il n’est pas un privilégié. Physiquement, Jude est détruit. Mentalement, il ne pense qu’à la mort, qu’à partir, qu’à ne plus souffrir. Le passé de Jude est ce qui reste de plus mystérieux dans son groupe d’amis. Parce que Jude… Jude a vécu des choses inimaginables. Des choses que, même moi, je ne pensais pas possibles. Commence alors un long récit: celui de toute une vie.

« L’amitié comprenait d’être témoin du lent écoulement des malheurs d’un autre, ainsi que de longues périodes d’ennui, et d’occasionnels triomphes. Elle consistait à se sentir honoré du privilège d’être présent pour quelqu’un dans ses moments les plus sombres, et de savoir que l’on pouvait en retour se sentir déprimé en compagnie de cette même personne. »

Pour écrire la suite de cette chronique, il va me falloir replonger dans les pires moments de ma lecture. Ceux où j’ai dû reposer mon livre cinq, dix, quinze minutes, le temps de reprendre mon souffle. Le récit de la vie de Jude dure. Il dure longtemps. Il dure pendant 1122 pages. On le rencontre, on le découvre, on tombe sous son charme, on s’accroche tellement fort à lui qu’une fois l’histoire terminée, on en ressort brisé. L’histoire de Jude est d’une violence inouïe. C’est celle d’un petit garçon qui n’a jamais eu de chance. De sa naissance à sa mort, Jude va souffrir. Physiquement, mentalement. Jude est un warrior, un champion, un survivant. Malgré les douleurs physiques et mentales, il s’accroche, il continue de se battre conte ses propres démons. Pourquoi ? Je ne saurai vous dire. Comment ? En se battant de toutes ses forces à sa manière. En continuant à s’accrocher à la vie grâce à ses amis, grâce à sa bande. Avec ses trois amis JB, Malcolm et Willem, il y a des hauts et des bas. Il y a des engueulades. Plus ou moins violentes. Malgré tout, il y a une forme d’amour fraternel immuable. Il y a ces instants de tendresse intenses, il y a ces moments de violence traumatisants, il y a ce combat quotidien pour la vie. Parce que Jude est un combattant et ses amis sont son bouclier. Enfin…ils essayent.

« Et il pleure et pleure, pleure à cause de tout ce qu’il a été, à cause de tout ce qu’il aurait pu être, de chaque ancienne blessure, de chaque ancienne joie, pleure de honte et de bonheur de pouvoir enfin être un enfant, avec toutes les lubies et tous les désirs et toutes les insécurités d’un enfant, d’avoir le privilège de mal se conduire et qu’on le lui pardonne, d’être un objet de tendresse et d’affection, de se voir servir un repas et qu’on le force à le manger, de pouvoir enfin, enfin, croire aux paroles de réconfort d’un parent, croire qu’aux yeux de quelqu’un il est un être spécial malgré toutes ses erreurs et toute sa méchanceté, à cause de toutes ses erreurs et de toute sa méchanceté. »

Pendant plus de 1000 pages, on suit Jude dans son amour et son dégoût pour la vie. On suit chaque moment de violence, chaque instant qui font mal. Une vie comme une autre c’est aussi ça. C’est une histoire, un récit terriblement humain. Tous les jours, nous croisons peut-être un Jude sans le savoir. Qui aurait dit que Jude avait subit TOUT CA avant de le savoir ? Qui aurait cru que cet adorable enfant, cet être doté de tendresse, avait subit les pires atrocités auquel ce monde puisse faire face ? Jude est un survivant. Je le répète encore et encore, mais c’est là tout le point central de ce roman: la survie. Il est beaucoup plus difficile de survivre que de vivre et Jude en est le parfait exemple. C’est aussi pour ça qu’on s’accroche à lui. On a de l’espoir. Tout le long, on croise les doigts, on retient notre souffle. On veut que Jude aille mieux. On veut aussi le prendre dans nos bras, lui dire que tout ira mieux. On veut lui montrer notre amour. Parce que Jude mérite de l’amour. Une tonne d’amour. Mais en étant détruit, Jude ne se rend pas compte qu’il a pourtant un soutien immense derrière lui. Il ne voit pas tout l’amour des autres pour lui. Il s’enferme dans ce quotidien fait de peur, de doute et de violence.

Sans trop vous en dévoiler, Une vie comme les autres est un livre à lire. A lire pour comprendre. A lire pour se prendre une immense claque. Alors oui, il n’est PAS pour tout le monde. J’ai eu des moments de sanglots assez intenses. Parce que l’histoire de Jude m’a prise aux tripes d’une manière telle que je n’avais jamais ressentie ça. J’ai aimé chaque instant. Et j’ai également détesté. Je n’ai pas pu donner de note à ce livre. Je n’ai pas pu donner un avis précis. Parce qu’on parle d’une histoire où il est question de pédophilie (ce n’est qu’une infime partie de ce qu’il y a dans le roman…croyez-moi, il y a PIRE), où il est question de survie, mais également d’amour, de confiance et d’amour propre. On parle d’une histoire qui vous fait passer par tellement d’émotions que vous en ressortez perturbé, troublé, dévasté. Une vie comme les autres restera à tout jamais gravé dans ma mémoire. De par l’histoire de Jude, que l’on suit tout au long de sa vie, jusqu’à ses derniers instants, mais également par la beauté des mots de l’autrice. Il y a ces instants de poésie intense qui s’enchaînent avec des moments de violences horribles. Une vie comme les autres est LA lecture qui m’a chamboulée et qui risque de ne pas quitter mes pensées pendant encore très longtemps.

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